Habitat et espèces

L’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs de 2012 précise que « [l]’eau des Grands Lacs devrait […] contribuer à la santé et à la productivité des terres humides et des autres habitats afin d’assurer la viabilité des espèces indigènes […] ».

État : Passable
Tendance : Inchangée

Points saillants de l’évaluation

L’indicateur de l’habitat et des espèces comprend l’évaluation des milieux humides côtiers, de la connectivité de l’habitat et des espèces qui font partie du réseau alimentaire aquatique des Grands Lacs. La santé des milieux humides côtiers et du réseau alimentaire aquatique est variable dans l’ensemble du bassin, allant de bonne à médiocre et de s’améliore à se détériore, selon le lac, l’habitat et les espèces d’intérêt. Dans l’ensemble, l’indicateur de l’habitat et des espèces est évalué comme passable, et la tendance sur 10 ans est inchangée.

Les efforts de restauration et de protection ont amélioré les conditions de l’habitat dans de nombreux milieux humides côtiers. Il est important de restaurer et de protéger les milieux humides, car ils procurent des avantages écologiques, économiques et culturels. Les milieux humides du lac Supérieur et ceux qui bordent les rives nord des lacs Michigan et Huron sont généralement en meilleur état que les milieux humides des lacs Érié et Ontario. Par exemple, la plupart des milieux humides des lacs Érié et Ontario abritent des communautés végétales dégradées en raison de l’enrichissement en éléments nutritifs, de la sédimentation, des espèces envahissantes ou d’une combinaison de ces facteurs. Ces facteurs de stress peuvent permettre à des plantes envahissantes, comme la quenouille, l’hydrocharide grenouillette, le Phragmites (parfois appelé roseau commun) et la châtaigne d’eau de prospérer, ce qui réduit la biodiversité et la qualité de l’habitat pour la flore et la faune indigènes.

Les communautés d’amphibiens, d’oiseaux et de poissons des milieux humides côtiers ont tendance à être plus saines là où l’empreinte de l’activité humaine est la plus faible. La santé des communautés d’amphibiens et d’oiseaux des milieux humides côtiers de chacun des lacs est évaluée comme passable avec aucune tendance vers l’amélioration ou la détérioration. L’état des communautés de poissons des milieux humides côtiers est évalué comme bon dans le lac Supérieur, médiocre dans le lac Érié et passable dans les trois autres lacs. Les poissons des milieux humides côtiers sont en état médiocre dans le lac Érié, en partie à cause de l’abondance de poissons non indigènes dans le lac, qui entrent en compétition avec les poissons indigènes pour les ressources et peuvent dégrader l’habitat. L’Agence de l’eau du Canada a mis à jour les estimations de l’étendue des milieux humides côtiers canadiens. Les estimations varient d’environ 17 000 hectares pour le lac Ontario à plus de 27 500 hectares pour le lac Érié. Des travaux sont en cours pour mettre à jour les estimations de l’étendue des milieux humides côtiers à l’échelle du bassin, y compris les milieux humides du bassin des Grands Lacs aux États-Unis.

La connectivité de l’habitat aquatique évalue le pourcentage de longueurs d’affluents qui demeurent libres de barrages ou d’autres obstacles ayant une incidence sur la connexion entre les eaux d’amont et les Grands Lacs. La connectivité des affluents est essentielle pour que les poissons migrateurs puissent atteindre leur habitat de frai et pour maintenir d’autres processus écologiques comme le transport naturel des sédiments. La connectivité des affluents a été réduite dans chaque bassin lacustre au cours du siècle dernier, mais elle est actuellement évaluée comme passable, et s’améliore grâce aux projets visant à éliminer les obstacles et à assurer le passage des poissons. Ces efforts de restauration doivent également tenir compte des risques possibles de permettre aux espèces non indigènes d’accéder aux Grands Lacs ou de créer un habitat de frai pour des espèces comme la lamproie marine.

Le réseau alimentaire aquatique des Grands Lacs se compose de nombreuses espèces qui interagissent entre elles, allant de minuscules algues (phytoplancton) et animaux (zooplancton) à de gros poissons. Les conditions changeantes des éléments nutritifs, combinées aux incidences des espèces envahissantes, en particulier les moules de la famille des Dreissénidées (moules zébrée et quagga), comptent parmi les facteurs de stress les plus immédiats pour le réseau alimentaire des Grands Lacs. Les moules dreissénidées filtrent le phytoplancton de la colonne d’eau et modifient le cycle des éléments nutritifs dans les lacs, ce qui réduit la nourriture pour le zooplancton, ayant ainsi une incidence sur toutes les autres composantes supérieures du réseau alimentaire aquatique, y compris les poissons.

Dans l’ensemble des Grands Lacs, les tendances pour le phytoplancton sont variables, tandis que celles pour le zooplancton sont largement inchangées. Le lac Supérieur a maintenu des communautés de phytoplancton et de zooplancton qui reflètent des conditions oligotrophes (faibles en éléments nutritifs), et les conditions sont évaluées comme bonnes pour le phytoplancton et le zooplancton. Cependant, des changements graduels dans les communautés vers des groupes de phytoplancton qui prospèrent dans des conditions plus chaudes peuvent se produire en réponse à l’augmentation des températures des eaux de surface, ce qui entraîne une tendance qui se détériore. Dans les lacs Huron et Michigan, la diminution du biovolume de phytoplancton au printemps a entraîné une baisse de la biomasse de zooplancton au cours des décennies passées, mais les biovolumes de phytoplancton se sont généralement stabilisés ces dernières années. L’état du phytoplancton est évalué comme passable dans les lacs Huron et Michigan, tandis que celui du zooplancton est évalué comme bon dans le lac Michigan et passable dans le lac Huron. Dans le lac Érié, l’état du phytoplancton est évalué comme médiocre et se détériore en raison de l’augmentation de l’abondance des cyanobactéries, mais les communautés de zooplancton sont en bonne condition en raison de la productivité élevée du lac.

Les populations de Diporeia, un petit invertébré benthique (vivant au fond de l’eau) source de nourriture importante pour les poissons, ont fortement diminué dans les années 1990 et sont en état médiocre dans tous les lacs, à l’exception du lac Supérieur. Les mécanismes à l’origine de ces diminutions sont complexes et font encore l’objet d’études pour mieux en comprendre toutes les répercussions. Les moules dreissénidées ont probablement contribué à ces tendances en modifiant l’habitat benthique et en réduisant la quantité de nourriture disponible pour d’autres organismes benthiques, y compris la Diporeia. Dans le lac Supérieur, la Diporeia demeure l’organisme benthique dominant, ce qui se traduit par un bon état. Le déclin de la Diporeia dans les Grands Lacs a probablement accru l’importance du mysis, une autre proie riche en lipides, dans le réseau alimentaire. Les densités actuelles de mysis dans tous les lacs, à l’exception du lac Michigan, sont évaluées comme bonnes. Les conditions dans le lac Michigan sont évaluées comme médiocres et se détériorent en raison de la diminution de la densité de mysis et de la productivité primaire.

Le phytoplancton, le zooplancton et les communautés benthiques sont d’importantes sources de nourriture pour les poissons-proies et les jeunes poissons de sport, et sont essentiels au maintien d’un réseau alimentaire sain. La diversité des communautés de poissons-proies dans les Grands Lacs continue de changer, bien que la direction et l’ampleur de ces changements varient. La communauté de poissons-proies est évaluée comme passable dans l’ensemble, d’après la diversité et la proportion d’espèces de poissons-proies indigènes dans les Grands Lacs. Il y a eu des fluctuations de l’abondance globale des poissons-proies, qui dépendent à la fois de la disponibilité de nourriture et du nombre de poissons prédateurs de niveau trophique supérieur, comme le touladi, le saumon et le doré jaune. Un juste équilibre entre le nombre de poissons prédateurs et le nombre de poissons-proies disponibles dans les lacs est important pour assurer la pérennité de la Commission des pêches des Grands Lacs.

La gestion durable des pêches, la lutte continue contre la lamproie marine, l’amélioration de la qualité de l’eau, le repeuplement des populations et la restauration des habitats de reproduction ont contribué à l’amélioration des populations d’esturgeons jaunes, de dorés jaunes et de touladis, y compris à l’augmentation du succès reproductif des touladis. Les populations de truites de lac se sont également améliorées grâce au déclin des gaspareaux, un poisson prédateur envahissant qui provoque une carence en thiamine chez les truites de lac. Au milieu des années 1900, les populations de touladis ont diminué à des niveaux extrêmement bas dans le lac Supérieur en raison de la surpêche intensive et des répercussions de la lamproie marine envahissante et prédatrice. Cependant, la Commission des pêcheries des Grands Lacs a annoncé à l’automne 2024 que les populations de touladis sont considérées comme entièrement rétablies dans la majeure partie du lac Supérieur. Il existe également des preuves d’une reproduction naturelle accrue de l’esturgeon jaune dans les affluents de l’ensemble du bassin des Grands Lacs, en partie grâce à l’amélioration de l’habitat, à l’enlèvement de barrages et aux efforts d’ensemencement. Toutefois, les changements dans l’état de l’esturgeon jaune mettront beaucoup de temps à se manifester en raison de la longue durée de vie de l’espèce. Un fait saillant pour le doré jaune dans le lac Huron est que la population a augmenté de manière substantielle, ce qui se traduit par une tendance qui s’améliore.

L’état des oiseaux des milieux humides côtiers est passable dans l’ensemble des Grands Lacs

La densité de la population de mysis est en bon état dans les lacs Huron, Ontario et Supérieur

Les lignes vertes en pointillés représentent les seuils spécifiques à chaque lac pour les bonnes densités de mysidacés. La distribution du mysis du lac Érié se limite aux parties profondes du bassin oriental. Les données disponibles sont insuffisantes pour l’analyse des tendances et ne sont pas incluses dans cette figure.

Sous indicateurs à l’appui de l’évaluation de l’habitat et des espèces (évaluation - milieux humides côtiers) et connectivité des habitats aquatiques

Sous-indicateur

Lac Supérieur

Lac Michigan

Lac Huron

Lac Érié

Lac Ontario

Invertébrés des milieux

humides côtiers

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Indéterminé &

Indéterminée

Indéterminé &

Indéterminée

Poissons des milieux humides côtiers

Bon & S’améliore

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Médiocre &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Amphibiens des milieux

humides côtiers

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Passable & Se détériore

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Oiseaux des milieux humides côtiers

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Aucune tendance

Passable &

Inchangée

Végétaux des milieux humides

côtiers

Bon & Inchangée

Passable & Inchangée

Bon & Inchangée

Médiocre & Inchangée

Médiocre & Inchangée

Étendue et composition des

milieux humides côtiers

Non évalué

Non évalué

Non évalué

Non évalué

Non évalué

Connectivité des habitats

aquatiques

Passable & S’améliore

Médiocre & S’améliore

Passable & S’améliore

Passable & S’améliore

Passable & S’améliore

Sous indicateurs à l’appui de l’habitat et des espèces (évaluation - réseau trophique aquatique)

Sous-indicateur

Lac Supérieur

Lac Michigan

Lac Huron

Lac Érié

Lac Ontario

Phytoplancton

Bon & Se détériore

Passable & Inchangée

Passable & Inchangée

Médiocre & Se détériore

Bon & Inchangée

Zooplancton

Bon & Inchangée

Bon & Aucune

tendance

Passable & Inchangée

Bon & Aucune

tendance

Passable & Aucune

tendance

Benthos eaux libres

Bon & Inchangée

Bon & Inchangée

Bon & Inchangée

Médiocre & Inchangée

Passable & Inchangée

Diporeia

Bon & Inchangée

Médiocre & Se détériore

Médiocre & Se détériore

Médiocre & Inchangée

Médiocre & Inchangée

Mysis

Bon & Inchangée

Médiocre & Se détériore

Bon & Inchangée

Bon & Indéterminée

Bon & Inchangée

Esturgeon Jaune

Médiocre & S’améliore

Médiocre & S’améliore

Médiocre & S’améliore

Médiocre & S’améliore

Médiocre & S’améliore

Passable &

Inchangée

Passable &

Inchangée

Passable &

Inchangée

Médiocre &

Inchangée

Médiocre &

Inchangée

Touladi

Bon & S’améliore

Passable & S’améliore

Passable & Inchangée

Passable & S’améliore

Passable & S’améliore

Doré jaune

Passable & S’améliore

Bon & Inchangée

Passable & S’améliore

Bon & S’améliore

Bon & Inchangée

Médiocre & Se

détériore

Non évalué

Médiocre & Se

détériore

Passable &

Inchangée

Passable & Se

détériore

État

Bon
Passable
Médiocre
Indéterminé